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Une nouvelle Internationale ?
Pierre Sommermeyer
Article mis en ligne le 26 avril 2012
dernière modification le 29 mai 2019

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Est-il vraiment nécessaire de répéter, encore et encore, que le monde a changé et pas seulement parce qu’aujourd’hui n’est pas hier mais par ce qu’il arrive que des événements aient des répercussions bien plus importantes que l’on ne pense au premier abord ? L’une des caractéristiques de la société moderne, je crois que l’on peut dire même que c’est sa car actéristique première, est l’interconnexion de tout ce qui peut se passer avec le reste du monde, affirmation contenue dans cette affirmation, le battement d’ailes d’un papillon, etc. Ce que l’on appelle l’effet papillon peut s’appliquer de façon universelle et pas seulement au domaine météorologique ou à la théorie du chaos. Quoique dans cette dernière hypothèse il convienne de constater que, vu l’état du monde, il y a bien plus de papillons qui battent des ailes que l’on veut bien le penser. Le passage du XXe au XXIe siècle, au-delà de la simple chr onologie, se car actérise par l’accumulation de mutations qui ont des conséquences importantes non seulement en tant que telles mais encore par leur inter connectivité comme par leur collision en série. Quand la chute des Twin Towers rencontre celle du mur de Berlin, quand le réchauffement climatique, avéré ou pas, rencontre la mondialisation et la crise financière, quand la décroissance se confronte à la faim dans le monde et aux appétits nationalistes des pays émergents, quand Internet permet au capitalisme cognitif de fructifier, quand les génocides sont contemporains d’indiscutables progrès médicaux, l’analyste comme le militant qui voudrait comprendre ce qui se passe sont obligés de jouer de plusieurs instruments, d’utiliser nombre d’outils d’analyse différents. Mais rien n’est possible si l’on ne prend en compte le fait que la conjonction de tous ces éléments augure d’une rupture qui ne peut que nous laisser dubitatifs quant à notre capacité de faire face aux enjeux de civilisation. L’énumération faite plus haut, si elle laisse rêveur quant à l’espace balayé, 6 n’est pas close. Quand les questions de genre rencontrent la capacité techno- logique de procréation « assistée », le questionnement sur les changements en cours ne peut se satisfaire de simples réponses esthétiques. Si je pense que l’anarchisme est la seule philosophie capable de répondre à ce défi, c’est parce qu’elle est la seule théorie en marche, en devenir, forte à la fois de ses militants engagés d’une façon ou d’une autre dans ce monde mouvant, et forte de ces mêmes militants dont une bonne partie tente de réfléchir à ce qui est en cours. Cette diversité est sa force, même si elle fait hurler bon nombre d’anarchistes désireux d’unité. Pensée et action, le nom du groupe où l’anar chiste belge Hem Da y exerçait son magistère, n’a rien perdu de son actualité. La chute du Mur ou la fin d’un totalitarisme Ce qui incarna la moitié du monde pendant près de cinquante années, qui porta les espérances de centaines de millions de gens depuis 1917, s’est év anoui sans combattre. Contrairement à ce que d’aucuns soutiennent, cette disparition a laissé nombr e de scories. La plage que la marée stalinienne a découverte est jonchée e débris dont l’idée de révolution n’est pas la moindre. Au nom de la révolution mondiale, au nom de la libération de l’humanité tout entière, un système de pouvoirs a tué des millions d’individus, opposants politiques ou juste présents là où il ne fallait pas. Ce faisant, il a, et pour longtemps, associé révolution et meurtres de masse. Sous ce détournement, le système stalinien a décervelé les popu- lations qui y étaient soumises et qui n’ont pu ou voulu y résister . Malgré cela, un regret du temps passé a surgi sous une forme presque caricaturale. Cette « ostalgie » qui fait les plaisirs de nombre de médias ne fait que ressortir cette capacité d’oubli de l’espèce humaine qui aide à survivre mais qui n’est pas autre chose qu’une forme de mensonge que l’on se fait à soi-même. Regretter le bon temps où, dit-on, l’amitié était le seul sentiment qui pouvait s’exercer, c’est oublier la prégnance de la dénonciation permanente qui était de venue, plus qu’une obligation policière, un mode de vie. Parmi les décombres du stalinisme, on trouve la soumission à l’autorité comme l’évitement permanent, habitudes prises pendant de décennies sous le joug de persécutions sans nombre. Sur le lit de cette disparition, les anciens grands prêtres du mensonge religieux stalinien ont fait leur beurre avec la brutalité apprise dans les séminaires communistes. La différence entre les nouveaux oligarques orientaux et les diri- geants occidentaux n’est pas de nature mais d’intensité. La disparition de l’alter- native soviétique, aussi illusoire, folle, meurtrière qu’elle ait été, a la même conséquence de part et d’autre de l’ex- rideau de fer : développement de la soumission et de l’évitement. (lire la suite->doc781]




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