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La lutte radicale libertaire en Espagne dans les années 1960 et la reconstruction de la CNT
par Tomás Ibañez

Conférence donnée le mercredi 10 avril 2019 à Paris, dans le cadre du colloque L’Utopie en exil,
« Le parcours des antifascistes libertaires espagnols ».

Article mis en ligne le 4 août 2019
dernière modification le 11 septembre 2019

par Refractions
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L’utopie en exil - De la mort de Franco au moment actuel

Par Tomás Ibañez

Le parcours des antifascistes libertaires espagnols

Conférence donnée le mercredi 10 avril 2019 à l’auditorium de la Ville de Paris,

dans le cadre du colloque L’Utopie en exil 1939-2019, « Le parcours des antifascistes libertaires espagnols »

par Tomás Ibáñez, membre du collectif de rédaction de Réfractions.

Conférence publiée dans le Monde libertaire de juillet-août 2019.

le colloque

* * *

L’utopie en exil

Lorsque une pesante chape de plomb, et de sang s’abattit sur l’Espagne en 1939, l’utopie qui avait fait se dresser une grande partie du peuple contre le coup d’Etat fasciste ne s’avoua pas vaincue pour autant.

Ni les milliers de prisonniers politiques, ni les exécutions sommaires ne réussirent à entamer la volonté de lutte inspirée par cette utopie. Une volonté de lutte dont témoigne, par exemple, le fait que pendant les dix années qui suivirent la fin de la guerre, pas moins de 14 comités nationaux de la CNT, la Confédération Nationale du Travail, furent reconstitués dans la clandestinité après chaque démantèlement policier…. 14, en seulement dix ans, et sous une dictature qui n’hésitait pas à tuer et à torturer.

Parallèlement à l’énorme effort déployé pour maintenir cette organisation, se développait aussi une résistance armée qui était menée le plus souvent par des libertaires venus de l’exil. Et je sais bien que le fait de ne mentionner ici que les noms d’Amador Franco, Raul Carballeira, José Luis Facerías, Quico Sabaté, Wenceslao Jiménez, ou Ramón Vila, revient à ne pas faire honneur à la longue liste des combattants tombés en Espagne.

Par ailleurs, lorsqu’en 1939 des centaines de milliers de personnes entreprirent “la retirada” pour chercher asile en France, la merveilleuse utopie qu’elles avaient vécue si intensément dans l’Espagne des années 30 ne se brisa pas pour autant contre l’imposant rempart des Pyrénées.

Bien au contraire… l’utopie traversa, douloureusement, il est vrai, ces montagnes et, comme le font les plantes les plus vivaces, elle réussit à survivre dans les camps où s’entassaient les réfugiés, s’accrochant, par exemple, au sol aride des plages d’Argelès.

Et voici que vingt ans plus tard, au tout début des années 60, ceux et celles qui avaient combattu le fascisme tout en essayant de réaliser l’utopie, virent comment leurs enfants les rejoignaient dans la tenace poursuite de leurs espoirs, et cette rencontre entre générations revigora soudain la lutte antifranquiste en insufflant un nouvel élan et une nouvelle vigueur à l’utopie.

C’est ainsi qu’en 1961 l’ensemble du Mouvement Libertaire Espagnol, j’insiste, l’ensemble de ce mouvement, toutes tendances confondues, c’est à dire la CNT, la FAI (Fédération Anarchiste Ibérique) et la FIJL (Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires), cet ensemble se conjura formellement, en congrès, pour relancer la lutte directe contre le franquisme à travers toute une série d’actions dont la carte maitresse, la carte fondamentale, n’était autre —je vais utiliser un euphémisme que tout le monde comprendra très facilement— n’était autre que la mise hors d’état de nuire du dictateur lui même.

(...)

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